Un auditorium dans la classe Tâtonnement expérimental dans lappropriation dun outil audiovisuel : l'appareil photo Enregistrer, filmer, mais c'est un jeu d'enfant L'audiovisuel a un rôle important et spécifique dans le pouvoir thérapeutique de l'expression libre
Quand la communication scolaire se conjugue avec la communication sociale
Introduction à un moyen d'expression et de communication audiovisuel par un groupe d'adolescents |
J'ai réalisé un auditorium
Travailler en ateliers en
classe homogène ou travailler en ateliers en classe unique amène souvent à faire un
choix de ceux-ci en fonction de la grandeur de la classe, de la disposition des locaux,
des effectifs...
Et souvent l'audiovisuel
est sacrifié car il demande un espace approprié si on ne veut pas déranger le reste de
la classe...
Aussi créer au cur
de la classe un auditorium permanent peut être la solution à une meilleure intégration
de l'audiovisuel dans notre pédagogie.
La boîte de dérivation
qui permet de brancher quatre casques d'écoute fut le point de départ de cet auditorium.
Le plan ci-joint montre
une manière simple de le fabriquer. Celui-ci peut être déplacé, casques et cassettes
rangés.
Ainsi, dans ma classe
unique grands et petits ont découvert casques et cassettes... et la joie d'être « seuls
» prisonniers du monde sonore.
Gadget ou outil ?
Mettre quatre casques en
série pour écouter, c'est facile, mais est-ce un outil ou un gadget ?
Gadget, l'auditorium le
sera s'il est un beau meuble trônant dans une classe, outil il deviendra si on en saisit
toute sa valeur.
Outil discret et
très maniable
Des casques d'écoute en
série, un magnétophone à cassettes, et une gamme variée de programmes sur cassettes
sont pour l'enfant d'un emploi très facile. Le maniement du magnétophone n'est plus un
secret pour beaucoup. Personne n'est dérangé. Discrètement, l'atelier est occupé. Seul
le maniement des touches du magnétophone signale une présence à l'auditorium.
Outil
d'imprégnation
L'enfant baigne dans un
monde sonore. Ne réagit-il pas aux spots publicitaires de la télé, à telle ou telle
musique d'un générique ? Ne fredonne-t-il pas le dernier refrain à la mode ? Il s'est
imprégné de ce monde sonore.
Alors pourquoi pas à
l'école avec l'auditorium. En offrant un grand choix de cassettes, l'auditorium pourra se
substituer à l'enseignant qui n'interviendra qu'en conseiller.
Un enfant dyslexique
écoutera une cassette de sons et de mois accompagnée d'une fiche lui permettant de se
corriger. Et cette cassette pourra être reprise plusieurs fois...
De même un document
sonore (B.T. Son) sera mieux compris car avec une cassette, on s'arrête, on revient en
arrière, on réécoute...
La poésie et le chant
s'apprécieront d'autant plus que l'enfant pourra écouter, chanter les mots et se laisser
bercer par la musique des vers ou des notes.
Outil
d'individualisation ou outil de groupe
Seul, à deux, trois ou
quatre, l'enfant peut occuper l'auditorium et travailler sans déranger.
Ce peut être une B.T.
Son qu'on écoute à quatre ou une lettre sonore des correspondants qu'un seul veut
entendre.
Ce peut être encore une
acquisition « plus scolaire » qui peut être proposée ou un conte que les petits (en
classe unique) vont pouvoir savourer sans gêner les grands.
Outil de conquête
de l'audiovisuel
Conquête de
l'audiovisuel certainement car l'auditorium en s'intégrant dans la classe, au même titre
que la bibliothèque, ou l'imprimerie, offre à ceux qui avaient « peur » des produits
audiovisuels, la possibilité de s'en servir à tout moment.
Finie, l'écoute
obligatoire pour tous, à un moment donné, fini l'isolement dans un couloir ou un
réduit, l'auditorium balaie les préjugés défavorables, et l'audiovisuel s'installe en
classe. La variété des documents sonores va pouvoir enrichir et compléter le monde de
l'écrit.
Un outil
multi-média
Un outil multi-média
associe des documents sur des supports différents mais complémentaires image -son -
écrit.
L'auditorium favorise
l'utilisation de ces outils multi-média (comme la B.T. Son), mais aussi comme d'autres
outils existants ou à créer. Pouvoir lire une B.T.J., en écoutant le texte enregistré,
ou des commentaires sur telle ou telle photo, pouvoir écouter une histoire en la suivant
sur un livre ou dessiner le conte entendu, l'auditorium le favorisera.
J'ai copié à partir
d'une bande « mère » préalablement préparée des cassettes de chants, poésies,
contes, jeux sonores, cris et chants d'animaux ou d'oiseaux, B.T. Son, D.S.B.T., disques
I.C.E.M ...
Des fiches de travail
complètent les cassettes. Elles sont regroupées dans des classeurs (format écolier).
L'atelier fonctionne en
permanence... Petits et grands de la classe unique s'y relaient. Dans notre préfabriqué,
très éclairé, l'audiovisuel a maintenant droit de cité.
Jean-Pierre Jaubert
Quelle place peut
tenir le processus d'apprentissage par tâtonnement expérimental dans l'appropriation
d'un outil audiovisuel ?
Si le tâtonnement
expérimental s'apparente, par bien des aspects, à une démarche épistémologique, il ne
s'agit nullement d'amener ou pire, de laisser les enfants redécouvrir eux-mêmes les
acquis de toutes les générations qui ont précédé. Mais, néanmoins de découvrir, par
l'expérimentation, dans les limites de leurs possibilités, les principes scientifiques
et de comprendre la démarche des inventeurs successifs.
En 5e :
La photo... Mystère... puis intérêt acquis
Première heure de
cours
J'intrigue le public
d'élèves :
« Dans l'escalier
sombre de ma cave, j'ai vu se dessiner sur le mur, en couleurs, la tête en bas, la maison
de mon voisin... et le voisin qui marchait. En obturant de la main, j'ai vérifié que
l'image passait par le trou de la serrure ».
On en parle. Au cours de
la discussion, Martine transpose :
« Les hommes
préhistoriques, dans leur grotte sombre... pourvu qu'il y ait un petit trou dans les
rochers... »
Allons donc !
L'image est naturelle ?
Je propose le schéma au
tableau... et... un garçon celui-ci :
Et nous définissons les
conditions par rapport à l'observation dans l'escalier de la cave :
a) une boite fermée, b)
noire, c) un orifice petit, d) un fond transparent.
A EXÉCUTER EN
« DEVOIR DU SOIR », SANS PLUS DE COMMENTAIRES.
Deuxième heure de
cours :
Une quinzaine
d'appareils (sténopé) sont faits. Réflexion unanime : « Ça ne marche
pas ! »
Il est vrai qu'ils
regardaient dans la boîte en collant l'oeil à l'orifice. Moi, je regarde à l'envers et
je constate : « Ça fonctionne ». On reprend, on discute, on essaie...
Par tâtonnements successifs, on établit au tableau le schéma suivant :
On
« imagine » les améliorations possibles à exécuter en « devoir du
soir » :
a) Agrandir
le trou ?
b) Peindre
en noir l'intérieur.
c) Éclairer
l'objet.
d) Image
floue : rapprocher l'orifice du papier calque (système « en tiroir »)
e) Calque
plus ou moins épais.
f) Mettre une loupe
devant l'orifice.
Il reste du temps sur
l'heure de cours. Je déballe ma science et mes documents :
a) La
chambre noire au XIIIe siècle.
b) Le
singe qui montre la lanterne magique.
c) Les lentilles au
XVIIIe siècle.
d) Niepce et Daguerre
au XIXe siècle.
e) Auguste et Louis
Lumière.
Troisième heure de
cours :
- « Ça
marche ! » : l'un d'eux, en démontant une visionneuse de diapos, s'est
fait un sténopé qui lui donne de grandes satisfactions.
Résultats observés :
a) Agrandir
le trou donne une image plus lumineuse. J'explique le diaphragme et montre le
fonctionnement d'un appareil, boite ouverte, intérieur noir.
b) Les
trois sténopés-tiroir montrent la possibilité de la mise au point d'une mise au point
de l'image. Voyons aussi sur l'appareil, la mise au point de la distance.
c) Observation de la
lentille et de la vitesse de déclenchement.
Mais passons à l'autre
question : comment conserver l'image ?
Au début du cours,
j'avais mis sur une table une feuille de papier d'écolier, puis une gomme, un crayon, des
ciseaux posés sur la feuille. Maintenant, la feuille est brune et porte en blanc l'image
des objets posés.
Surprise et mystère,
à nouveau.
Je verse dans le fond
d'une pelle à poussière un peu de nitrate d'argent. Les enfants viennent y mouiller des
feuilles de papier qu'ils sèchent rapidement à l'abri de la lumière.
A EMPORTER, POUR
« DEVOIR DU SOIR ».
Quatrième heure de
cours :
Ils montrent ce qu'ils
ont réalisé : leur photogramme au nitrate d'argent sur papier d'écolier. Mais...
l'image s'efface ! Je les emmène alors au laboratoire, et fais devant eux un travail
rapide : révélateur - fixage -rinçage. C'est compris. Ils reviendront seuls au
labo et se serviront du matériel sans erreur, avec ordre et soin, sans autre
apprentissage. Je leur distribue des restes de paquets de papier photo (périmé : peut
être obtenu gratuitement chez un photographe), à utiliser chez eux, en « devoir du soir
»). Pour moi, c'est fini. Pour eux, ça continue. Pendant mes cours, il y en a encore
deux ou trois, à tour de rôle, qui passent au labo développer leurs essais. Des
tâtonnements, et puis des progrès. Mais ? Comment, chez eux, ont-ils installé des labos
de fortune, pour utiliser leur papier, sous lumière jaune ou rouge ? Mystère des «
devoirs du soir »...
Gabriel Barrier
La place nous manque ici,
pour analyser en détails la démarche de Gabriel. Soulignons simplement le rôle
déterminant qu'a joué l'enseignant :
- Dans le déclenchement
de la curiosité des enfants.
- Dans la structuration
des hypothèses émises à partir de la question de départ.
- Dans l'équilibre
délicat à établir entre les vérifications concrètes proposées aux enfants « en
devoirs du soir » (une heure de cours... c'est court !) et les apports de documents ou
les « démonstrations ».
Le problème devient,
évidemment encore plus complexe, lorsque le même professeur entame volontairement une
démarche qui va conduire à l'apprentissage pratique du développement des photos et
permettre simultanément un entraînement à la maîtrise de la prise de vues.
Enregistrer,
filmer, mais c'est un jeu d'enfant !
« Si on pratique
l'audiovisuel, il faut le connaître en tant que système et comme des appareils qu'on
sait faire marcher. Il est indispensable à l'utilisateur d'un appareil audiovisuel comme
du conducteur d'une automobile, de bien maîtriser le fonctionnement de son engin ».
Pierre Schaeffer
A titre d'exemple voici
une fiche sur l'emploi du magnétophone :
Enregistrer est un jeu
d'enfants (à preuve Sabine 7 ans - écoutez Cassettes Radio-France SON 060)
1. Le
magnétophone
Qu'il soit à cassette ou
à bande d'abord l'équiper d'un bon micro. Nous avons testé et adopté un micro
omnidirectionnel bien adapté à l'acoustique des classes (vente C.E.L.). Votre
magnétophone à bande sera de préférence à deux pistes.
Les pistes correspondent
aux têtes magnétiques, pour l'usage en classe choisir un magnéto « deux pistes », la
qualité sonore est meilleure que pour un « quatre pistes ». Pour permettre le montage
par coupage de bande n'utiliser qu'une seule piste (piste 1 pour un magnéto « 4 pistes
»).
2. Les bandes
magnétiques:
Choisir les plus
épaisses parmi celles que tolère votre magnéto, elles seront plus solides (le plus
souvent des « standard » ou « longue durée » à la rigueur).
3. La prise de
son
a) En direct
Montrer à
l'enfant preneur de son (magnétophone branché à l'appui) comment, après avoir enroulé
1, 2 ou 3 tours de fil autour du petit doigt, en laissant une boucle, tenir le micro tout
simplement sans le serrer mais SURTOUT éviter de pianoter sur le corps du micro, de le
triturer et de jouer avec le fil ou le micro ce qui a pour effet (écoute au
magnétophone) de provoquer des bruits épouvantables.
Ne pas frotter le
fil du micro sur les vêtements.
Pour la parole,
placer le micro à 25-30 cm de la bouche de l'interlocuteur.
Attention au vent
! Dehors, tourner le dos aux courants d'air et en général mieux vaut s'abstenir si le
vent souffle.
Contrôler le
niveau d'enregistrement sur le cadran du vu-mètre.
L'aiguille ne doit
pas passer dans la zone rouge. Un bouton, le potentiomètre d'enregistrement, permet de
régler les niveaux. On peut aussi, sans toucher au potentiomètre, reculer le micro de la
source sonore.
b) Avec câble de
liaison
(câble de copie) entre
le magnéto et un poste de radio, de télé, un pick-up ou un autre magnéto. Posséder
les câbles de liaison adéquats (rien n'est universel). Régler le niveau
d'enregistrement à l'aide du potentiomètre.
c) Imposer deux règles
dans les débats
1. Celle
de nous taire, de lever le doigt si l'on désire intervenir.
2. Celle du temps (15
à 20 mn maxi). (Si l'on n'a pas dit dans ce temps imparti ce que l'on avait d'essentiel
à dire peut-être n'y avait-il pas grand chose à raconter ?)
4. Monter
La mise en ordre se
fait en classe.
On repère les séquences
en notant avec précision le déroulement de la bande. On élimine toutes celles dont la
qualité technique est défectueuse. On fait un plan avec les séquences qui restent. On
fignole en supprimant les bruits parasites, les bafouillages. Un document sonore ne doit
pas durer plus de 10 mn si l'on souhaite une écoute attentive.
5. Pour couper
On coupe en face de la
tête de lecture avec des ciseaux magnétiques (en bronze). On colle les deux bouts avec
du ruban adhésif spécial, en biais de façon à éviter un blocage de la bande en cours
de défilement. On colle ce ruban adhésif sur la face brillante de la bande, la face mate
est celle qui porte l'oxyde ferrique. Pour les petits, le maître au début aide bien plus
au repérage et colle le morceau d'adhésif.
6. Entretien
Ranger le micro à l'abri
du bruit (dans une boîte, un sac de plastique). Lui éviter les chocs. Net toyer les
têtes magnétiques à l'alcool à 901. Mettre les bandes à l'abri de la poussière
(elles se chargent facilement d'électricité statique).
7. Vers les
correspondants
Nous écoutons une fois
encore, ce qui nous permet de retirer encore quelques bruits, quelques bafouillages.
Une dernière écoute et, satisfaits de notre travail, nous effectuons sur cassette une copie de 7 minutes pour nos correspondants. Les enfants savent maintenant comment on peut manipuler la langue orale, comment arranger un message verbal, qu'on peut tricher même si nous ne l'avo